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mardi 30 septembre 2003
Ultime offensive contre les anciens
nazis en Autriche
Le magazine "Profil"
revient sur les difficultés que rencontre le
centre Simon-Wiesenthal à faire juger d'anciens
criminels de guerre. Cependant, une liste de 47 noms
vient d'être remise aux autorités de Vienne.
Le titre évoque une production
hollywoodienne, surtout lorsqu'on sait qu'une prime
de 10 000 dollars est offerte à ceux qui sont
susceptibles d'aider les justiciers. Mais le sujet ne
fait guère recette en Autriche : le centre Simon-Wiesenthal,
voué comme son fondateur à rechercher
les derniers criminels nazis, a soumis au gouvernement
de Vienne une liste de quarante-sept noms d'anciens
militaires, soupçonnés d'avoir participé
sous l'uniforme allemand, pendant la seconde guerre
mondiale, à des crimes contre les populations
civiles.
Vingt-trois d'entre eux appartenaient
à la division SS Heinrich Himmler, qui s'est
illustrée par des massacres de villageois dans
la région des Apennins, en Italie. D'autres étaient
incorporés dans les sinistres "bataillons
de police" qui ont liquidé les ghettos de
Pologne et semé la terreur en Ukraine ou en Russie.
Le directeur du centre Simon-Wiesenthal
en Israël, Efraïm Zuroff, admet qu'il ignore
combien de ces hommes sont encore en vie et s'ils résident
en Autriche. Dans un entretien au magazine viennois
Profil, il se plaint d'avoir été
froidement accueilli par le ministre FPÖ de la
justice, Dieter Böhmdorfer, auquel il a remis la
liste, que celui-ci a transmise au parquet. Dans quatre
cas seulement, il existe des témoignages précis
impliquant les anciens militaires dans les tueries perpétrées
par leurs unités. Profil, qui consacre
un dossier à l'Opération dernière
chance", semble sceptique sur ses possibilités
de succès en Autriche. Ses enquêteurs ont
pu retrouver trois des quarante-sept ex-militaires de
la liste, mais un seul est encore assez lucide pour
se souvenir de ces années noires.
Cet "ultime effort"
du centre Wiesenthal donne surtout à l'hebdomadaire
l'occasion de revenir sur l'attitude des autorités
autrichiennes : le dernier procès intenté
dans ce genre d'affaire remonte à 1975 et s'était
conclu, comme bien d'autres, par un acquittement "faute
de preuves".
Ces verdicts indulgents sont la principale
raison pour laquelle la volonté politique de
poursuivre les criminels a fini par s'éteindre
dans l'indifférence générale.
"Comme ils n'étaient pas bien perçus
à l'étranger, on a préféré
renoncer à toute procédure judiciaire",
plutôt que de raviver à chaque fois une
image peu flatteuse du pays, explique à Profil
l'historien Walter Manoschek. Le magazine rappelle que
l'Autriche occupée par les Alliés avait
tout fait pour "mettre de l'ordre dans sa propre
maison" de peur d'y être contrainte
par les forces étrangères.
Le premier paragraphe de la loi sur les
crimes de guerre, dont s'était dotée la
deuxième République, née sur les
décombres du régime nazi, spécifiait
que l'"obéissance aux ordres"ne pouvait
servir d'excuse à des crimes de guerre ou contre
l'humanité.
TÉMOINS JUIFS INSULTÉS
Entre 1945 et 1955, des tribunaux populaires formés
de magistrats et de simples citoyens ont organisé
137 000 procès pour faits de nazisme. 23 000
ont abouti à des condamnations, dont 43 peines
capitales, mais il y eut aussi des acquittements, dans
la moitié des cas. Avec la guerre froide puis
le départ des derniers soldats alliés
s'ouvre une nouvelle période : les nazis sont
perçus comme des "combattants contre le
communisme" et l'on considère qu'ils ont
déjà payé lorsqu'ils ont été
prisonniers de guerre en Union soviétique. Aux
procès des années 1960 - tel celui de
Franz Murer, ancien commissaire du ghetto de Vilna -
les témoins juifs sont insultés par le
public, qui applaudit l'acquittement, et la presse décrit
Simon Wiesenthal, Autrichien originaire de Galicie,
comme "observateur officiel d'Israël".
La justice autrichienne doit s'y prendre à quatre
fois avant de condamner enfin, en 1972, l'ancien adjoint
d'Eichmann Franz Novak, qui avait organisé les
transports par train dans les camps.
Ce n'est qu'en 2000 que le médecin
Heinrich Gross, un octogénaire accusé
d'euthanasie sur des enfants, mais longtemps protégé
par le Parti social-démocrate, comparaît
à nouveau pour meurtre, pendant quelques minutes.
Souffrant de démence sénile, selon une
expertise contestée, il ne peut plus être
jugé.
Joëlle Stolz
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